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    Article paru dans le quotidien "Le Courrier picard"  le  27 juin 2000 lors de la sortie du livre sous la plume de M. Jean-Marie Ansard:

    "Après avoir publié "Aux confins de la Picardie et de la Normandie", Lucien Groué, instituteur honoraire, sortira le 30 juin "Aux sources de la Nièvre en Picardie".

    Passionné de littérature et d'histoire locale, Lucien Groué, retraité de l'enseignement, a mis six années pour réunir les documents nécessaires à la réalisation de son ouvrage. Les notes prises depuis 1970 lui ont servi à l'élaboration de ses deux oeuvres. Dans son premier livre, Lucien Groué a beaucoup parlé du Vimeu, du Ponthieu et de la vallée de la Bresle. Cette fois il choisit l'histoire de la haute vallée de la Nièvre (en Picardie) et l'explique par le fait qu'il a travaillé et vécu dans ces deux régions.

    Son livre commence par une préface de Gilles de Robien, député-maire d'Amiens, avec un avant-propos de Gilbert Temmermann, conseiller général du canton de Domart-en-Ponthieu et maire de Canaples.

    Cet ouvrage retrace l'histoire de la région située en haute Nièvre (en Picardie), petit affluent de la Somme. C'est aussi une synthèse, aux différentes époques, des événements historiques qui ont affecté cette région, avec une référence presque constante à l'histoire nationale; D'autres localités des environs sont aussi concernées comme Vignacourt, Outrebois qui ont eu, aux 12ème et 13ème siècles, les mêmes seigneurs: les châtelains d'Amiens. Bonneville, Fienvillers, Yvrench, Maison-Ponthieu, Villers l'Hôpital (PdC), sont concernées par les chevaliers hospitaliers de Fieffes.

    L'important chapitre consacré aux abbayes et prieurés des environs intéresse les communes: d'Amiens, Berteaucourt-les-Dames, L'Etoile, Doullens, Epécamps, Crouy-St-Pierre. La généalogie des membres de la famille de Créquy révèle leur présence à Fressin (PdC), Canaples, Poix-de-Picardie, Moreuil, Domart-en-Ponthieu, Pont-Remy.

De la préhistoire au XXème siècle

    Les récits sont chronologiques et vont de la préhistoire au XXème siècle. Des tableaux de concordance permettent de se repérer, de siècle en siècle, dans la succession des événements et des généalogies.

    Parmi les principaux sujets traités dans les différents chapitres l'on retrouve la période gallo-romaine, l'abbaye de Corbie, la féodalité, les templiers et les hospitaliers, les abbayes et les prieurés, les églises et les paroisses, les évêques d'Amiens à Pernois, les châtelains d'Amiens, les familles de Créquy et de Mailly, les guerres de Cent ans et de Trente ans, de 1870-1871, 1914-1918 et 1939-1945, les guerres de religion, les écoles, les chemins de fer, l'étude de la population, avec graphiques, sur deux périodes (1789 à 1936) puis de 1946 à 1990.

Histoire complète et détaillée

   Lucien Groué emmène ses lecteurs au sein de l'histoire réelle dans ses moindres détails. Ses six années de travail ont abouti à un volume relié de 18,5 cm x 25 cm de 500 pages avec couverture rigide en quadrichromie, illustré avec près de 150 cartes, plans, graphiques ou gravures don't certaines sont en couleur;

Recension

 

    M. l'abbé Francis Lecomte, Conservateur-Archiviste du diocèse d'Amiens et membre de plusieurs sociétés savantes, telles "L'Académie des sciences, lettres et arts d'Amiens", "Les Antiquaires de Picardie", a rédigé une recension relative à mes deux ouvrages:

1) Aux confins de la Picardie et de la Normandie

2) Aux sources de la Nièvre en Picardie.

    Cette recension est parue dans le: "Bulletin des Antiquaires de Picardie" du 3ème trimestre 2001 (n° 662). L'une des principales gravures du livre recensé (La miniature du XVème siècle représentant Jean V de Créquy en tenue héraldique) a même servi à illustrer la couverture du dit bulletin n° 662,

    Dans cette longue recension qu'il a faite à propos de mon second ouvrage, dans laquelle, de par sa fonction d'abbé, il insiste sur ce qui se rattache particulièrement à la religion et à l'Eglise, il a rédigé de longs développements sur les abbayes, les guerres de religion, les évêques à Pernois, la Constitution civile du clergé de l'époque révolutionnaire. Il en a souvent reproduit de longs passages. Il a aussi fort apprécié l'histoire des familles nobles d'Amiens et de Créquy. Les premières écoles d'autrefois l'ont vivement aussi captivé.

    Voici maintenant le texte complet de la recension du second ouvrage. Celle du premier est à consulter dans la rubrique "Informations" du présent site en vue d'une éventuelle 3ème réédition de ce premier ouvrage.

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   M. Lucien Groué, ancien instituteur originaire de Canaples (Somme), s’adonne depuis une trentaine d’années à des recherches sur le passé et le présent des deux « pays » où il vécut et où il vit sa féconde carrière et sa studieuse retraite.

   Sept ans après avoir donné au public son premier ouvrage, Lucien Groué lui en offre un second, de même facture et de même intérêt. Ancien instituteur originaire de Canaples, et très attaché à toute cette région de la Nièvre, petit affluent de la Somme, l’auteur a voulu en retracer l’histoire. Et, ce faisant, il fait souvent référence aux événements qui ont affecté notre histoire nationale. Il puise ses sources dans nos divers dépôts d’archives (communales, départementales, diocésaines), dans les bibliothèques d’Amiens, d’Abbeville, de l’évêché (manuscrits souvent cités pour la première fois), dans les revues savantes (Société des Antiquaires de Picardie, Emulation d’Abbeville, Histoire et Archéologie du Vimeu, Amis du Vieux Corbie, etc…), dans les monographie consacrées aux villages qu’il présente dans les registres et d’Etat-civil, dans les études savantes de ses devanciers (plus d’une centaine de références).

   Sa méthode d’exposition est simple : suivre le cours de la Nièvre, ses populations, leurs activités (pp. 26-36), passer en revue ce qui a trait à la préhistoire et à la période gauloise (notamment autour de Pernois), puis, à la période gallo-romaine ( les « chaussées » et les sites révélés par la détection aériennes ; la première christianisation). Il passe rapidement sur les périodes mérovingienne et carolingienne. Il détaille avec précision la féodalité dans le canton d’Amiens et celui de Corbie (pp. 56-66), dont il énumère les différentes seigneuries (Encre, Boves, Picquigny, Breteuil, Heilly, La Neuville-sous-Corbie, Moreaucourt, Ribemont, Warloy, Septemville, Talmas, Brunelieu) ; il énumère tous les fiefs dépendant de l’abbé de Corbie, et notamment ceux des villages de la Nièvre : Berteaucourt, Canaples, Fieffes, Pernois et Halloy-les-Pernois, Havernas, la Vicogne, Montrelet, Naours et Wargnies.

   Un tableau de concordance des événements locaux ou nationaux, en regard des évêques d’Amiens (au château de Pernois) et des comtes d’Amiens, dont le fameux Enguerrand de Boves (1110-1117), est proposé p. 61. C’est alors l’occasion d’établir les généalogie des grandes familles seigneuriales, les d’Amiens, les Créquy (pp. 126-212) et les Mailly (pp.205-210), de retracer les guerres et le rôle que les divers seigneurs y ont joué (Croisades, Cent Ans, Trente Ans, 1870 etc…).

   A cette époque des croisades  (12ème et 13ème siècles), les deux ordres militaires de Saint-Jean-de-Jérusalem et du Temple établirent  des « commanderies » et des « maisons » dans notre région. En 1146, les Hospitaliers s’installaient à Fieffes (pp. 68-69) et marquaient leur territoire par de grandes croix de pierre ; il en subsiste à proximité de la place du village.

   L’auteur fait ensuite l’inventaire des abbayes et prieurés de la contrée :

Canaples (prieuré de la Trinité, 1082)

Berteaucourt-les-Dames (abbaye bénédictine, 1095)

Lucheux ( prieuré, 1095)

Bagneux (Gézaincourt, prieuré, 1103)

Le Gard (abbaye cistercienne, 1137)

Epécamps (prieuré, 1137)

L’Etoile (prieuré, 1146)

Doullens (abbaye bénédictine de St-Michel, 12ème siècle)

Flixecourt (prieuré Saint-Léger)

Domart-en-Ponthieu (prieuré).

   A chacun de ces établissement, M. Groué consacre des notices plus ou moins développées, selon leur importance. Il prend soin, pp. 76-78, de relater en détail ce qui concerne l’abbaye de Saint-Martin-aux-Jumeaux, à Amiens, dont les chanoines augustins vont essaimer dans la région (Canaples, Bernaville, Epécamps, Le Bosquel, Pas-les-Montdidier, Remiencourt etc…). Dessertes de nouveaux autels, installation de fermes priorales sur les domaines importants, tel celui du Rin à Canaples, dont sont retracées les multiples transactions au 13ème siècle.

   En 1152, le prieuré de la Trinité de Belval à Canaples devint une dépendance du prieuré de Moreaucourt à l’Etoile…L’abbesse de Berteaucourt protesta, car elle estimait que cette maison de Canaples à laquelle elle louait des terres, devait lui revenir (p. 80). Les guerres de religion, au 16ème siècle, suivies de la guerre de Trente ans, n’ont pas épargné la Haute-Nièvre, notamment à Havernas et Wargnies. Les difficultés rencontrées à Abbeville par son gouverneur, Robert de Saint-Delys, seigneur d’Eaucourt, passé au protestantisme, sont relatées en détail, aux pages 191-192. « Les protestants », en 1560, étaient encore peu nombreux à Abbeville ; ils exerçaient le culte dans le château de Saint-Delys. Or, durant la nuit du 21 septembre, un certain nombre de soldats calvinistes, sortis du château, près le Pont-rouge, se répandirent dans les rues désertes d’Abbeville, se livrèrent à des actes de vandalisme, poussant des cris et des chansons agressives. Ils frappaient aux portes, lançaient des cailloux dans les vitres, insultaient les catholiques. Ils blessèrent un bourgeois ; ils décrochèrent le Christ du pont de Talence et le jetèrent à l’eau …Au matin, les bourgeois, furieux de cette profanation, se réunirent et forcèrent les magistrats de l’échevinage à sévir. Saint-Delys se rendit à l’hôtel de ville avec vingt arquebusiers et harangua le petit peuple, qui lui répondit par des cris de mort. Saint-Delys quitta l’échevinage, l’épée à la main, escorté de ses arquebusiers ; la foule se rua vers lui ; il n’eut que le temps de revenir sur ses pas et de fermer les portes de l’autel de ville. Quelques-uns de ses soldats se réfugièrent dans l’église Saint-André, où les mutins les égorgèrent ; puis ces derniers enfoncèrent les portes de l’échevinage ; Saint-Delys dut s’enfuir par les toits. Il fut rattrapé, tué à coups de pique…Son cadavre fut jeté à la foule par une fenêtre, puis traîné dans les égouts. Les échevins l’y repêchèrent et l’ensevelirent dans la chapelle des Rambures. Son fils, avec ses deux cousins, Antoine et François de Canteleu, furent poursuivis et massacrés à leur tour.

   Le lendemain, tout était rentré dans l’ordre… !

   Des scènes similaires eurent lieu  à Doullens, où l’on noya impunément une douzaine de réformés dans l’Authie (pp. 192-193). Tout ceci a été narré (Cf René de Belleval…).

   Cette page trop ignorée anticipe sur la défenestration de l’amiral Coligny et la Saint-Barthélemy (24 août 1572).

   Tout ce chapitre est de grand intérêt : les réunions des calvinistes dans le château d’Havernas attiraient les gens de la Haute-Nièvre ; on y venait de Vignacourt, Flesselles, Talmas, Amiens, Bonneville, Autheux, Doullens, Occoche, Montigny, Béalcourt, Hérissart, Puchevillers etc… « ce qui prouve » écrit Lucien Groué, que les convertis à la Réforme étaient en augmentation dans la région comme à Amiens. Mme de Saint-Delys née Suzanne de Suzanne, possédait un fief au faubourg de Hem ; elle autorisa les réformés à y construire un temple sur un lieu dénommé « la Tirelire » (pp. 193). En 1568, le dimanche après Pâques vit alors à Amiens une échauffourée qui fit plus de 120 morts. Le temple de la Tirelire fut détruit ; alors les Huguenots amiénois allèrent célébrer leur culte rue des Rabuissons, dans une maison dite « logis de Fieffes ».

   Le Prince de Condé, gouverneur de Picardie, était lui aussi protestant, et même chef du parti Huguenot.

   Nous avons cité longuement ces pages pour montrer tout l’intérêt qu’elles recèlent pour le lecteur. Nous aimerions en citer d’autres, concernant les « assemblées » des protestants dans la Haute-Nièvre aux 16ème, 17ème, 18ème siècles (pp. 194-197). Bornons-nous à ceci :

   « En 1638, les assemblées furent transférées d’Havernas à Wargnies, fief également des Saint-Delys d’Heucourt…Les douze villages cités plus haut y étaient rattachés. Or, cette même année 1638, Robert de Saint-Delys, petit-fils de Robert de Saint-Delys massacré à Abbeville en 1562, fut accusé de trahison, d’intelligence avec l’ennemi espagnol, pour lui livrer les villes d’Amiens et de Doullens…Le 11 septembre, on lui trancha la tête, et confisqua ses biens. Mais le parlement crut si peu à cette trahison de Saint-Delys qu’il rendit tous ses biens à la famille du seigneur d’Heucourt. Et Louis XII, par un brevet du 23 mai 1641, réhabilita sa mémoire.

   M. Groué, p 196, en narrant les interventions de l’évêque d’Amiens pour faire détruire les temples de son diocèse, dont ceux de Salouel, Pont-de-Metz et Cannessières, cite Mgr de Machault alors qu’il s’agit de Mgr François Faure. « Celui-ci vise particulièrement Mme d’Heucourt, veuve de Saint-Delys, et ses deux fils, respectivement seigneurs de Wargnies et de Saint-Gratien. Il prétend que le culte qu’ils pratiquaient au château de Wargnies n’était pas conforme aux articles de l’Edit de Nantes (1598). Il finit par obtenir de Louis XIV , le 20 janvier 1684, l’interdiction du culte à Wargnies et Havernas, ainsi qu’à Bernapré et à Prouville ».

L’application de la Révocation de cet édit, l’année suivante, amena toutes sortes d’excès dans la région : « à Gouy-l’Hôpital, le sire Pierre de Visme et sa femme furent accrochés au-dessus du foyer de leur cheminée, tandis qu’on attisait les braises pour leur brûler la plante des pieds, et que la fumée les étouffait », raconte Louandre. Dans les campagnes, de telles violences de la part des dragons du roi ne connaissent pas de bornes. Aussi, les Saint-Delys émigrent en Angleterre, perdant tous leurs biens ; les émigrants d’alors furent soixante et un dans l’Election d’Amiens et vingt-six dans celle de Doullens. Ils passèrent, pour quelques-uns, en Ecosse ; un quartier d’Edimbourg sera dit « quartier de Picardie ».

   Soucieux de présenter succinctement le passé de la région à l’époque moderne, l’auteur apporte bien des précisions sur l’abbaye de Berteaucourt ; il reproduit son blason p.199 : « d’azur à trois poissons d’argent, et d’un pal de gueules chargé d’une crosse abbatiale, avec un cordon de sable brochant le tout ». L’abbesse Angélique d’Estrées, sœur de Gabrielle, changera ce blason si pittoresque (« la Nièvre était bien fournie en truites »), quand son abbaye devint « royale », de par la volonté du royal amant de Gabrielle. Dans un écu en losange cette fois, est placée une tour accompagnée de trois fleurs de lys.

   Mais c’est à la famille de Créquy, seigneurs de Canaples etc… que Lucien Groué accorde la meilleure place. Page 205, il offre le tableau de «  la descendance de Charles 1er de Blanchefort, sire de Créquy, prince de Poix, comte de Sault, Pair et maréchal de France », qui épousera en 1623 la demi-sœur de sa première épouse, Madeleine de Bonne.

   Le bâtard du duc de Savoie, Don Philippin, que Créquy avait offensé le défia en combat singulier, mais ne se présenta pas au lieu indiqué. Créquy l’accusa de lâcheté. L’année suivante, même esquive ; enfin, le duel aura lieu au fort Barraux (Savoie). Au cours du combat, Don Philippin cria deux fois qu’il était blessé ; Créquy lui ordonne de déposer les armes, ce qu’il fit…Le duc de Savoie, considérant son fils comme déshonoré, ne voulut plus le voir. Alors Don Philippin publia un manifeste pour justifier sa conduite. Et Créquy fit imprimer une réponse : le seul moyen pour don Philippin de laver son honneur, concluait-il, était de « quitter la plume d’oie pour une plume de fer ». Un quatrième rendez-vous, le 1er juin 1599, eut raison du pleutre. Il tomba percé de trois coups d’épée et de deux coups de poignard.

   En 1604, Créquy fut nommé gouverneur de Péronne, Roye et Montdidier, puis succéda à Crillon comme « mestre de camp » du régiment des gardes françaises. En 1610, il deviendra lieutenant général du Dauphiné – dont son beau-père, François de Bonne, duc de Lesdiguières, était gouverneur (p. 203). Maréchal de camp en 1619, il prendra part au siège de Saint-Jean-d’Angély et à l’attaque des Pont-de-Cé, sur la Loire. Le 17 décembre 1621, il devient duc de Lesdiguières, à la mort de François de Bonne. Il dirige avec succès les opérations en Piémont où il bat le duc de Feria en 1625 (cf. sa « Lettre sur la retraite du duc de Feria et de ses troupes aux alentours de la ville d’Asti (même année).

   En 1627, avec 1200 hommes, Créquy force Buckingham à abandonner l’île de Ré qu’il avait envahie avec 3000 soldats anglais.

   En 1628, son gendre, Maximilien de Béthune, duc de Sully, obtient de lui, en gage, des terres de Bernaville, Berneuil, Domart et Poix, pour une créance impayée de 22 442 livres. Il en sera de même avec Melchior Gillier, commissaire général de la cavalerie légère, auquel il devait plue de 27 000 livres.

   Dans le Piémont, il force le Pas de Suze en 1629 et contraint Spinola à lever le siège de Casal. En 1630, il prend Pignerol et conquiert la Maurienne.

   En 1635, au service du duc de Savoie, à la tête de 10 000 hommes, il entre en Milanais et prend Candia. En 1636, il est défait par les Espagnols ; Créquy attribue son échec à la défection de la cavalerie du duc de Savoie. Il sera tué par un boulet devant le fort de Brême en 1638. Le roi le remplacera par le Cardinal de la Valette. Son corps repose à Lesdiguières en Dauphiné.

   Les Mailly, quant à eux, viennent de Jean, dit « Le Boiteux », seigneur de Rumesnil, dont Yves, le 5éme fils, épousa Claude de Humilcault, dame de Fieffes et de Bonneville. « C’est ainsi que la seigneurie de Fieffes passa en la maison des Mailly au début du 17ème siècle » (p.209 et suivantes). Hugues et Claude eurent douze garçons et…douze filles.

   L’aîné, Nicolas, fut chevalier de Saint-Louis, gentilhomme ordinaire de la chambre sous Louis XIII, maître des Eaux-et-forêts en Picardie, et conseiller du roi ( par lettre du 12 janvier 1617). Lui, en revanche, mourut sans enfant.

   Son frère, Louis-Henry, sire de Fieffes, ajouta aux charges et honneurs de son aîné, le service de cornette colonel de cavalerie légère de Savoie. Il accusa son cadet Antoine d’avoir attenté à sa vie et le fit condamner à mort, par contumace, en 1653 ; mais le parlement de Paris mit le condamné hors de cause en 1658.

   Le fils de Louis-Henry, Nicolas, fut assassiné à Doullens le 4 mars 1657, par trois officiers de la garnison, dont la Madelène, le major. Condamné par contumace (encore !) à être roués vifs ; ils le furent « par effigie » le 5 avril 1658.

Cet Antoine, le troisième fils d’Yves et Claude, qui reçut la succession. Il demeurait à Montrelet, mais aussi à Paris, à Saint-Germain-des-Prés. Il se distingua au siège de La Rochelle, en sa qualité de capitaine des vaisseaux, commandant par intérim la flotte royale ; on l’appelait alors « le vice-amiral de France » (p. 211). Lui aussi aura un funeste sort : en 1662, on l’emprisonna à la conciergerie pour on ne sait quel motif. Dans sa geôle, il n’avait pas les moyens de financer « gistes et geôlages » ; on le transféra dans un cachot de la tour Beauvoir, où il dormait sur la paille ; deux ans et demi après, il y fit son testament. Déshéritant son fils aîné, Jacques, pour mauvaise conduite, il léguait son patrimoine à sa fille Geneviève-Claire de Mailly-Lascaris ; celle-ci vivait en Pologne, comme fille d’honneur de la reine de Pologne. Elle y avait épousé Christophe Pach, grand chancelier de Lithuanie.

   Antoine mourut le 11 mai 1664 ; et c’est ce Jacques, qu’il avait déshérité, qui, sous le nom de Jean Lascaris, reçut les seigneuries de son père. Il les augmenta par l’achat du fief de Fienvillers en 1672 (et non en 1632 comme il est indiqué par erreur, p 212). Colonel lui aussi il servit Jean Casimir, roi de Pologne, qui récompensa sa bravoure et ses talents militaires en l’élevant au grade de général de l’armée grand-ducale de Lithuanie.

   Au 18ème siècle, François Léonore de Créquy  était propriétaire de la terre (ou seigneurie) de Canaples. Il l’avait rachetée en 1698. Il fut donc le fondateur de la lignée des Créquy-Canaples. Son épouse, Marie-Antoinette de Schoutecte, lui donna sept enfants. L’aîné, Jean-Antoine, hérita de la seigneurie en 1721, et mourra, sans alliance, en 1762. Son frère, Adrien-Hugues, lui succédera comme comte de Canaples et vidame de Tournai. « S’il existait dans cette famille beaucoup d’originaux, écrit Roger Rodière, Hugues de Créquy y aurait une place de choix, par son caractère bourru et excentrique. Jugez-en :

   « Imaginez qu’au château, il était interdit de servir à manger aux heures habituelles des repas, de sorte qu’on allait déjeuner, goûter ou collationner comme on voulait, pourvu qu’on appelât pas cela dîner ou souper, et ce, dans une espèce de réfectoire où le buffet se trouvait garni, tant bien que mal, avec des pâtés de loutre qu’on fabriquait à Wrolland, et des jambons d’ours que M. de Canaples faisait venir de ses plantations du Canada.

   Il ne pouvait souffrir les tournebroches, qu’il appelait une invention de bourgeois et de financiers. Le rôti se faisait chez lui comme au 13ème siècle, au moyen d’une roue tournante et à claire-voie, dans laquelle on enfermait un gros chien qui s’y démenait comme un diable et qui finissait par enrager. Vous n’avez pas idée de la consommation de caniches et de mâtins qu’on faisait dans cette cuisine.

   La comtesse était obligée de se faire servir par un « heiduque » ou par des laquais, ce qui fait qu’elle s’habillait toute seule. Il avait chassé toutes ses femmes de chambre parce qu’elles donnaient des puces aux chiens. »

   Hugues de Canaples eut plusieurs résidence en Provence et en Artois. Freschin (ou fréchin, ou Fressin) était l’une d’elles, ainsi que Mesmond, dans l’actuel Pas-de-Calais. « Et là, raconte la marquise de Créquy dans ses souvenirs de 1710 à 1803 », il se fit encore remarquer par son extravagance : le curé de Mesmond, en chaire, demanda qu’on prie pour un des cousins du comte Hugues, décédé depuis peu en Poitou, en disant : « Messieurs, priez Dieu pour la marquis de Créquy qui a perdu, au service du roi, son corps et son âme ». Cette réflexion déplut au comte qui envoya au curé un huissier pour lui interdire de faire prier pour lui. »

   Hugues vendit la seigneurie de Canaples en 1780 et alla mourir en Angleterre en 1785.

   Aux pages 227-228, L. Groué, après avoir signalé qu’à Fieffes-Montrelet, seigneurs et commandeurs vécurent en bonne intelligence, transcrit une précieuse « Liste des commandeurs de Fieffes, de 1195 à 1789, d’après des sources diverses (Mannier, De Belval, et le manuscrit 513 C, « Archidiaconé d’Amiens » de la bibliothèque municipale d’Amiens).

   Aux pages 228-230, c’est Pernois et son château (résidence d’été des évêques d’Amiens) qui ont les honneurs ; le cardinal de Créquy avait fait reconstruire en 1565 le corps de logis principal, le flanquant de deux tourelles et sculptant ses armes (un « créquier ») au-dessus de la porte.

   Eugène Dusevel écrit du cardinal évêque : « ce prélat habitait presque toujours le château de Pernois lorsqu’il n’était pas à la cour de Charles IX, et non à Amiens, piqué contre le chapitre d’Amiens qui avait voulu lui faire couper la barbe qu’il portait trop longue ».

   Et Edmond Soyez précise : « D’après le dénombrement de 1539, le château de Pernois est un beau bâtiment contenant 18 ou 20 chambres, salle, garde-robe, chapelle, étables, grange, colombier et donjon, le tout couvert en tuiles, et les logis du fermier, avec ses étables, jardins, par cet hit journaux de vignes ».

   Mais au 18ème siècle, « cette résidence d’assez triste aspect, sombre, est isolée au sein d’un village peu élégant lui-même ; voilà pour l’extérieur.

   Au-dedans, c’était la simplicité, pour ne pas dire la pauvreté et le dénuement. Les quatre murailles de la salle, blanchies à la chaux, avaient pour out ornement, quelques cartes de géographie, quelques thèses accolées ou clouées, et la nomenclature de toutes les paroisses du diocèse réparties en doyennés ».

   De ce château épiscopal, il ne subsiste rien. Les lecteurs de M. Groué lui sauront gré d’avoir reproduit, p. 231, le plan du domaine, tiré au 18ème siècle d’une « carte générale et géométrique du village et terroir de Pernois », appartenant à Mgr de Machault, évêque d’Amiens de 1774 à 1801.

   La période révolutionnaire dans la région de la Nièvre est étudiée village après village ; l’étude des rares cahiers de doléances qui nous soient restés montre la diversité des désirata : diminution de la gabelle, de la taille, réforme de la capitation remplacée par un impôt unique payable en argent, suivant les capacités de chacun, exemption des charges pour les biens des hôpitaux (Berteaucourt-les-Dames) ; il y a des vœux inattendus : que les rivières soient protégées des inondations et rendues « flottables » pour la circulation des denrées (Havernas), que soit libre la vente des bestiaux (Pernois), que dans les prés soient plantés des arbres pour abriter les animaux. Enfin ? nombreuses revendications des biens des abbayes et prieurés dépeuplés.

   Au district de Doullens, la vente des biens nationaux a donné lieu à de nombreuses contestations, les biens proposés ayant été sur- ou sous-évalués, et les superficies erronées (cf.pp. 236-237). Un Amiénois, Dominique Binet, acquit le moulin à eau de Quillé pour 8O5O F à Berteaucourt-les-Dames, tandis que Jean-François Thill, d’Amiens, acheta la ferme de l’abbaye avec 225 journaux de terres labourables. La belle chaire de l’église abbatiale fut, après vente, installée dans l’église de Flixecourt. Les terres du prieuré de Moreaucourt sur les territoires de NAOURS ? Belval et Beaufort, affermés depuis 1791, furent ensuite achetées par un fermier du Val-Heureux…Un aubergiste de Saint-Leu à miens acheta soixante autres journaux, mais la vente fut annulée pour défaut de superficie, et ce lot fut revendu avec dix journaux de plus à un certains Thouzet, pour 400 livres.

   Le presbytère de Montrelet et ses dépendances furent achetés par Louis Pauchet, citoyen de Vignacourt, le 9 juillet 1797 ; celui d’Havernas, en ruine, et 274 verges de terres labourables furent convoités par le citoyen André Roussel. Les terres de la ferme de Roisel, à La Vicogne, autrefois affermées par l’abbaye de Corbie, furent acquises par la veuve Haloi ; il fallut quatre enchères successives pour réaliser la vente du vieux château de Naours (ancienne propriété de Corbie également), qui était en ruine. Les acquéreurs en furent les Pauchet, respectivement percepteur et procureur de la commune.

   Quant au château épiscopal de Pernois, il fut qualifié de « maison d’habitation fermée dans un enclos de murs tombant en ruine » ; il fut affermé pour cent livres au citoyen Delarue. Le 17 juin 1796, l’Amiénois André Croquoison s’en porta acquéreur, amis ayant refusé d’acquitter le paiement, le château passa dans les mains de l’Amiénois Dottin, pour la somme de 23 213,50 livres. Les deux moulins à eau qui appartenaient aussi à l’évêché, avaient été vendus dès octobre 1791.

   Naours devint chef-lieu du nouveau canton, qui comprit Bonneville, Fieffes, Montrelet, Canaples, le hameau de Woignas près d’Havernas, Wargnies, Talmas et le Rosel. L’ancien seigneur de Fieffes, François-Alexandre de Bucy, sera élu premier président du canton ; ce qui ne l’empêchera pas d’être arrêté sur l’ordre d’André Dumont… (voir infra)

   Rien de nouveau n’est apporté par M. Groué sur l’attitude des prêtres de la région face au serment à la Constitution Civile du clergé. Le chanoine Destombe avait bien fait le travail en 1791 pour tout le clergé du diocèse d’Amiens.

   Cependant, ce dernier ne racontait pas l’aventure du curé de Fieffes, Charles Tronnet, que relate Lucien Groué, d’après Darsy. Né en 1725, et curé de Fieffes depuis 1766, ce sexagénaire prêta le serment sans restriction. Mais, ses paroissiens ne l’admirent pas : le maire, à la tête des villageois, se dirigea alors vers le presbytère, et le vieux prêtre fut malmené. Il porta plainte à Doullens. Le district envoya à Fieffes quelques gendarmes pour le protéger et lui faire remettre les clés de l’église confisquées par le maire. Celui-ci le refuse ; il est suspendu de ses fonctions par arrêté du Directoire de Doullens le 25 juin 1792. Un curé constitutionnel est élu par le district ; et on fera changer la serrure de l’église.

   Que devint l’abbé Tronnet ? L’abbé Le Sueur note qu’à « Fieffes, un curé resta caché dans la paroisse, pendant toute la période révolutionnaire. Il disait la messe dans une étable proche d’un pressoir ». Serait-ce l’ancien curé assermenté ?

   Les dames bénédictines de Berteaucourt (seize et deux sœurs tourières) dépendaient de l’abbesse, Mme Théodore-Félicité-Parfaite de Carondelet, et jouissaient d’une revenu de 21 600 livres. Le comité de surveillance de Domart-en-Ponthieu convoqua à la maison commune de Berteaucourt, pour y prêter serment. Une lettre de cette municipalité, en date du 19 fructidor an 2 (août 1794) au comité de Domart donne les noms des six religieuses qui obtempérèrent, et en mentionne nommément quatre qui ne se présentèrent pas. Qu’étaient devenues entre temps les huit autres ? Avaient-elles émigré comme leur évêque Mgr de Machault ? « Nous les croyons absentes pour le moment et ignorons leur demeure », dit la lettre précitée.

   M. Groué, lui, précise, p. 242 : que « certaines s’étaient dispersées à Pernois et à Naours, la plupart au sein de leur famille ».

   A propos de Mgr de Machault, nous regretterons une petite confusion de personne, p. 242 : l’évêque d’Amiens arrêté sur l’ordre d’André Dumont, le 9 septembre 1793 « pour avoir blâmé publiquement le mariage des prêtres, n’est pas Mgr de Machault, émigré à Tournai depuis 1791, mais l’évêque constitutionnel d’Amiens Desbois de Rochefort.

   Fort intéressantes sont les précisions sur les destinées des aristocrates ; restés chez eux jusqu’à l’exécution de Louis XVI, André Dumont les fera arrêter comme suspects ». Ainsi ; Fr. Alexandre de Bucy, comte de Canaples est conduit au Bicêtre d’Amiens, à la Hotoie, sa famille est emprisonnée dans le couvent se la Providence, le 17 février 1794. Ils seront élargis par le district de Doullens quand leur innocence aura été reconnue.

   En revanche, les châtelains de Wargnies (Artus), de La Vicogne (Louise-Angélique de Virgille) ne semblent pas avoir été inquiétés.

   Dans la prison dite « des grands chapeaux » (ancienne maison des Frères des Écoles Chrétiennes, passage du Logis du Roy,) seront internés les Pingué de Fieffes, Mme de Bussy (la « veuve de Ham »), et les chevaliers de St Louis de Sainte-Segrée, les frères Jean-Baptiste et Louis-Antoine du Passage (74 et 69 ans).

   Les communes sont soumises à de lourdes réquisitions telles que les cloches des églises (plus de 6 000 livres pour le district de Doullens, foin, blé, bestiaux, chevaux et… conscrits. Parmi ces derniers, certains refusent de se présenter, tels ceux de Pernois. En témoignage ce passage d’un rapport du chef du comité de surveillance de Domart-en-Ponthieu (cité p. 244) :

   « Accompagné de quarante hommes, nous sommes transportés es maison du citoyen Joseph Ribeaucourt, Pierre Lattier et Joseph Froidure pour n’y rien trouver. Il nous a été déclaré qu’il y avait dans cette commune (de Pernois) des jeunes gens de la levée en masse qui avaient quitté leur bataillon ; nous avons sommé la municipalité, de leur enjoindre, sous sa responsabilité, de rejoindre leur corps dans les trois jours »

   D’autres citoyens participeront aux guerres napoléoniennes : Candillon de Pernois y périt en 1812 ; quatre soldats de Berteaucourt-les-Dames mourront à Iéna, Munster, Glogau et Belle-Ile-en-Mer.

   Les études de la population des villages de Haute-Nièvre aux 19ème et 20ème siècles sont de première main, et inédites. Ainsi, les installations des premières écoles communales vers 1830 sont relatées d’après la série O (section 99) des Archives départementales. Vétusté et inconfort des premiers bâtiments scolaires ; il faudra attendre les lois de Jules Ferry pour qu’on les reconstruise en briques ; elles seront accolées souvent à la mairie.

   Lucien Groué cite le montant des émoluments des instituteurs. La loi du 15 mars 1850 fixait à 600 F (or) leur rétribution annuelle : 200 F étaient versés par la commune, le reste par les familles. A Naours, en 1857, le conseil municipal fixa à 1,25 F par mois l’écolage des enfants de moins de huit ans, et à 1,75 F celui des autres. L’institutrice de l’école des filles (ouverte dès 1835) ne touchait de la commune que cent francs.

   Tout le chapitre intitulé « Les premières écoles d’autrefois » (pp. 245-254) est captivant.

  En page 255 figure un tableau inédit de l’évolution de la population des communes de l’an 2 à 1936, d’après les registres de recensements (14) aux Archives départementales de la Somme. Grande diversité d’évolution démographique entre les dix communes étudiées : en l’an II (1794), Naours comptait 1485 habitants, et Berteaucourt 497 ; en 1911 , Naours n’en aura plus que 1039, tandis que Berteaucourt totalisera 1493 habitants ; et en 1936, Naours sera tombé à 646 habitants, alors que Berteaucourt, industrialisé, comptera  plus de 1240 habitants.

   Commentant les courbes démographiques de la page 256, l’auteur fait remarquer que la « population de Berteaucourt aurait diminué comme la plupart des autres communes si MM. Saint n’y avaient pas établi leur usine de filature et tissage de chanvre à Harondel en 1867, ce qui attira à la commune une partie des ouvriers agricoles. D’où une progression vertigineuse en vingt ans (p. 257).

   Les courbes d’évolution démographique de 1946 à 1990, qui terminent le volume (pp. 481- 486) indiquent un tassement et même une légère diminution. En 1990, Berteaucourt est descendu à 1116 habitants, mais Naours est remonté à 1050 habitants, alors que Canaples passe de 459 en 1946 à 604 et Pernois de 458 à 634…M. Groué fait observer que la création, dès 1956, d’une zone industrielle au nord-ouest d’Amiens a été un facteur important pour l’emploi dans un rayon de trente kilomètres. Et que les villages de la Haute-Nièvre en ont bénéficié. Par ailleurs, bien des familles d’ouvriers amiénois travaillant sur la zone fuyant les charges fiscales et locales de la capitale picarde « ont préféré se replier dans les villages environnants, tels Flesselles, Naours, Havernas, Canaples, Halloy-les-Pernois » (p.486).

   Les illustrations proposées par L. Groué sont nombreuses, suggestives et, pour nombre d’entre elles, inédites. Elles abondent en particulier dans les chapitres consacrés à l’histoire des villages de Berteaucourt-les-Dames (347-352), Canaples (353-376), Fieffes-Montrelet (377-400), Halloy-les-Pernois (401-414), Havernas (415-432), La Vicogne (433-440), Naours (441-460), Pernois (461-470) et Wargnies (471-482).

   Nous aimerions découvrir « de visu » les intérieurs et les vitraux des églises, leurs plans, leurs retables (ceux d’Havernas notamment), les souterrains de Naours et leur histoire (452-454), et trois tableaux de Jean de Francqueville ( un autoportrait, un « baptême à Fieffes » et une « Sainte Colette ») p. 471-479.

   Les blasons des chevaliers Hospitaliers (p. 66), de Thibaut d’Amiens et de sa famille (p. 134), leur sceau (136), celui de Mme de Canaples (Marthe d’Amiens), le portrait équestre en couleurs de Jean V de Créquy (extrait du « Grand Armorial de la Toison d’Or), p. 163, les rames et le blason d’Enguerrand de Monstrelet, ainsi que ses portraits (165-166), les portraits de Mme de Canaples par Jean Clouet, au fusain et à l’huile ( p.178-179), ceux du cardinal Antoine de Créquy, évêque d’Amiens (p. 187) et de Charles de Créquy (p. 205), tout cela est de premier ordre et fait honneur à l’iconographie.

   Les lecteurs prendront grand intérêt à la lecture des pages que Lucien Groué consacre aux guerres de 1870, 1914 et 1939-45 (p. 302-334). En effet, l’auteur a pu utiliser des documents encore inédits ou des témoignages oraux qui, sans cela, seraient tombés dans l’oubli.

   Ainsi, nous apprenons que le 26 décembre 1870, trente Uhlans sont vus à Domart-en-Ponthieu, et qu’à Picquigny et Longpré-les-Corps-Saints, « ils commettront des atrocités envers les civils ». A Fieffes, 60 Prussiens pressurent la population pendant six semaines. Mêmes prélèvements à Canaples, Naours, La Vicogne ( en cette dernière, par représailles, la ferme de M. Brouilly fut en grande partie incendiée, ainsi que le presbytère).

   Ce n’est qu’en 1875 que les victimes seront indemnisées : François-Jules Brouilly « touchera alors…71 000 francs-or ! ».

   Les troupes françaises, puis britanniques, cantonneront dans la plupart des villages de la Nièvre en 1915 et 1916. De nombreux détails inédits sont fournis par le « journal » personnel que l’épouse du maire de Canaples a tenu durant la Grande Guerre (p.308-310).

   Un fait d’aviation curieux est relaté ; il s’est produit sur le terrain d’envol de Fienvillers utilisé par les Anglais. M. Mansard père, assigné à sa garde observa un appareil évoluant sur la piste, quand il aperçut un gamin qui tournait autour de l’appareil. Soudain, celui-ci prit de la vitesse et décolla. M. Mansard, effaré, vit le garçonnet cramponné à califourchon à la queue de l’avion. Mansard réussit à attirer l’attention du pilote, qui, jetant un regard vers l’arrière, découvrit son insolite passager. Virant de bord, et réduisant les gaz, il se posa ; le gamin n’avait pas bougé. « Je m’appelle Robert Gaffet, dit-il ; je suis de Paris, et je voulais survoler le village ».

   Bien loin de le punir, l’aviateur mit l’enfant à son bord et lui prolongea quelques minutes son « baptême de l’air ».

   P. 311, deux dessins du Major R.A.L.W. Lewer, de la 43ème division de l’artillerie territoriale stationnée à Halloy-les-Pernois en juin 1916, sont évocateurs ou savoureux.

   Les témoignages récoltés par l’auteur auprès de Jean Gaffet, ancien exploitant agricole de Canaples, sur les événements de la guerre 1939-1945 sont à lire. Il avait une dizaine d’années quand la Luftwaffe s’acharna sur Canaples, le 18 mai 1940 à 15 heures. « A trois reprises, treize stukas pilonnent le village, faisant une victime (Camille Boitel) et d’importants dégâts : 35 maisons détruites, le Pont-Neuf, des bâtiments publics. « Nous passerons plusieurs jours près de l’église avec nos quatre grands-parents, complètement terrorisés…Plus tard, on dénombrera beaucoup de cratères dans les champs environnants, etc » (pp. 317-319).

   Quantité de précisions sont apportées par diverses sources imprimées : les « circulaires intérieures des usines Saint-Frères, des rapports de la gendarmerie de Domart-en-Ponthieu (26 juillet 1944, 1er août 1944) et les registres des conseils municipaux des communes de la région.

   Note Bulletin se devait de rendre compte de ces ouvrages. Ils sont des mines de renseignements sur le passé de deux rivières de chez nous, l’une à la frontière normande, l’autre dans l’est-amiénois. Ils nous font les honneurs des sources de la Nièvre, de la Fieffes, de la Belval, de la Naourde, de la Domarde et de la Lanches, comme des « pays » irrigués par la Bresle. Grâces soient rendues à leur découvreur.

                                                                                                    Francis Lecomte